dimanche 13 mai 2012

1943 - Tintin - Les Sept Boules de Cristal


Les Sept Boules de Cristal, 13e aventure de Tintin,vit le jour au coeur d'un contexte historique quelque peu mouvementé.
L'histoire paru sous forme de 152 strips quotidiens entre 1943 et 1944 dans le journal "Le Soir", volé par l'occupant allemand. Pour sa défense, Hergé prétendait vouloir poursuivre son travail suite à un appel national du Roi qui incitait à cette reprise, indépendamment des sombres événements qui secouaient le pays.
Le récit original fut donc interrompu au moment où l'armée alliée rentrait dans Bruxelles, entraînant du même coup la suspension de parution du journal. L'histoire s'arrêtera donc vers la page 50 de l'album, peu après la séquence ou Tintin visite l'hôpital, au lendemain de la disparition du Professeur Tournesol. Quelques strips (restés inédits en album) interviendront juste après, avant l'interruption totale.
A la Libération, Hergé, frappé d'interdiction de travail, ne pouvait plus publier dans les journaux. Il fallut attendre 1946 pour que Raymond Leblanc, grand résistant, ne vienne le chercher pour créer le journal Tintin.
Cette occasion permit à l'auteur de reprendre son histoire dans un nouveau format "à l'italienne" sous le titre "Le Temple du Soleil". Les deux histoires furent refondues lors de la parution en album quelques années plus tard.
Le thème des Sept Boules a été inspiré à Hergé par l'aventure de la découverte du tombeau de Toutankhamon en 1922. Une étrange malédiction aurait alors décimé au cours des dix ans qui suivirent tous ceux qui, de près ou de loin, avaient participé à cette profanation.
L'album marque aussi l'apogée de la collaboration entre Hergé et Edgar Pierre Jacobs. Le second apportera au premier son sens inégalé des atmosphères grâce à son travail minutieux sur la couleur et les décors. Toute la séquence se déroulant autour de la maison du Professeur Bergamote en est un exemple parfait. On retrouvera cette exceptionnelle maîtrise des atmosphères dans un album comme SOS Météores (Blake et Mortimer). Cette fameuse maison est aussi la source d'une anecdote qui aurait pu très mal se terminer. Après avoir repéré un endroit convenant au scénario, les deux compères se déplacèrent pour prendre photos et croquis du bâtiment, quand il eurent une surprise fort désagréable. Jacobs raconte l'histoire au cours d'une interview en 1975. 
"Nous n'avions rien trouvé de mieux qu'une villa 1900 avec des colombages, des agencements de ce genre, mais elle était occupée par des allemands; nous allions prendre des croquis au moment où les Allemands commençaient d'ailleurs à déménager en douce - l'offensive avait déjà été déclenchée - et, sous leur nez, nous étions en train de faire des croquis alors qu'ils pouvaient bien nous prendre pour des espions!"

On notera aussi qu'à cette période, Hergé et Jacobs poursuivaient en parallèle la refonte et la mise en couleur progressive des huit premiers albums de la série.

Les amateurs pourront découvrir la version originale et l'intégrale des strips du "Soir" ici: http://www.bellier.org/7%20boules%20de%20cristal/vue1.htm

Ci dessous 3 strips de la première version inédits en album:




lundi 30 avril 2012

Ombre Morte - Trailer

Ce trailer présente "Ombre Morte", un court métrage expérimental réalisé par Nicolas Bonnell, grâce à la technique du Motion Comics.  
Produit par PLUG EFFECTS et Magnificat Films - Sortie du film Mai 2012


"Par une soirée d’orage, Cécile et son mari, se cachent au cœur d’un immeuble abandonné. Abattus, terrifiés, ils sont traqués par l’un de leurs anciens employés nourrissant une passion destructrice pour cette dernière.
A mesure que leur mystérieux poursuivant se rapproche, les pièces du puzzle se rassemblent, dévoilant peu à peu une vérité aussi machiavélique qu’inattendue."


Schlafi! - Semaine #1



vendredi 6 avril 2012

1959 - Blake et Mortimer - SOS Météores


C'est au cours du rude hiver 1954 que naquit l'idée d'SOS Météores
Les températures avaient atteint de telles extrémités qu'une bonne partie de la population était condamnée à rester cloitrée chez elle. Prisonnier de sa nouvelle maison de campagne, Jacobs n'échappait pas à la règle. Ajoutez à cela des rumeurs de rivalités partisanes autour de manipulations climatiques pour fournir à l'auteur la matière à un nouveau récit d'anticipation.


Dès les premières bases jetées, Jacobs partit repérer l'endroit le plus adapté aux expériences du Professeur Miloch. En étudiant un certain nombre de cartes d'Etat major, il choisit une zone proche de la vallée de la Bièvre, non loin de la ville de Jouy en Jossas. Un parcours photographique lui permit de retranscrire la région avec la rigueur quasi maladive qui faisait sa marque. Quant au Château de Troussalet, dans le parc duquel se perd le taxi de Mortimer, un hasard extraordinaire lui permit de découvrir un endroit similaire proche d'une départementale dans le même secteur.
Dans un second temps, afin de comprendre l'organisation des interventions de police en cas d'incident majeur, il se tourna vers l'un de ses camarades qui possédait des connections au Ministère de l'Intérieur, rue des Saussaies. Dans ses mémoires, Jacobs raconte l'anecdote suivante: tandis qu'il exposait son scénario au ministère, son interlocuteur écarquilla les yeux puis adopta un air mystérieux avant de le conduire à son chef. Jacobs recommença une seconde fois l'exercice devant le patron de la DST. Après avoir conclu sa présentation, ce dernier demanda, un peu décontenancé, l'avis du fonctionnaire qui lui répondit: "Non seulement ce n'est pas absurde... mais figurez vous que j'ai dans mon tiroir tout un dossier sur la question".
Au delà de sa brûlante actualité, SOS Météores est un album notable à plus d'un titre. En premier lieu, les couleurs utilisées pour représenter les intempéries sont d'une rare efficacité. La première partie de cet album devrait être considérée comme un manuel du parfait petit coloriste. Autre détail amusant, la séquence de la poursuite avec Blake nous conduit le long de l'ancienne ligne de Sceaux, avant la reprise de son tracé par le RER B. On pourra sans doute déplorer que Jacobs n'ait pas accordé de plus grandes cases aux décors des stations de la ligne, et en particulier celle de Port Royal.
Enfin, l'album fleure bon ce climat de guerre froide, qui n'a jamais aussi bien porté son nom. Le professeur Miloch, au cours de son explication, fait allusion à "notre" et "votre" technologie facon indirect d'appuyer le clivage Est/Ouest omniprésent à l'époque.
Pour conclure, je dirai que si SOS Météores reste l'un de mes Blake et Mortimer préféré, c'est en grande partie pour l'ambiance qui s'en dégage dès les premiers instants.
Cela nous rappelle qu'avant cette série, nous devons aussi à Jacobs la mise en couleur des premiers Tintin et en particulier les incroyables scènes d'orage des Sept Boules de Cristal qui trouvent ici leur réponse.

jeudi 5 avril 2012

SCHLAFI CHIMIE

Démo publicitaire de 20 secondes utilisant le personnage de SCHLAFI pour une compagnie d'assurance fictive.
Ecrit et dessiné par Nicolas Bonnell.


Schlafi - Tous droits réservés Nicolas Bonnell 2012

jeudi 2 février 2012

1994 - Le Prince de la Nuit




Cette excellente série, écrite et scénarisée par Yves Swolfs, revisite le mythe du vampire sous un jour nouveau.  Au bout de 12 albums Durango, l'auteur éprouvait l'envie de raconter quelque chose plus en harmonie avec son évolution personnelle, marquée par une expérience de la psychanalyse. Si le vengeur solitaire était le produit de son enfance et de son adolescence, "Le Prince de La Nuit" s'inscrit dans une dynamique du passage à l'âge adulte. 
Au delà d'être une formidable aventure, la série réalise le tour de force de respecter les codes du genre tout en rénovant complètement les bases du concept. L'introspection et l'étude des dualités individuelles l'emportent sur l'approche religieuse traditionnelle. Le graphisme atteint une maîtrise étonnante, proche de la gravure.

Kergan et ses adversaires sont les deux faces d'une seule et même médaille. Une seule âme exprime toutes ses contradictions à travers plusieurs personnages. Kergan est le reflet de ce que les "Chasseurs" enfouissent au plus profond d'eux même. Il cristallise cette face sombre, ces désirs de pouvoir refoulés contre laquelle ils doivent lutter. 
Dans ses entretiens à Henri Philipini, Swolfs avoue volontiers que chaque chasseur est choisi malgré lui. Il est sacrifié par sa famille sur l'autel d'un devoir absurde. Ce rôle incombe bien souvent à l'aîné, en première ligne du transfert des espoirs et des angoisses de ses parents. 
Afin de permettre à l'esprit de Jehan, première victime du vampire, de se réincarner à travers les siècles, les Rougemont doivent continuer la lutte. Ils se transmettent pour cela un coffret rempli d'information. Ce fardeau héréditaire possède une haute valeur symbolique. Il contient les atavismes inconscient de culpabilité subies générations après générations. 
Au fil des années le coffret s'alourdi à mesure que la face sombre, l'adversaire se renforce. Il est très difficile d'échapper à soi même. La seule issue consiste en l'acceptation de cette part d'ombre qui permettra à l'individu de renaitre autrement. A ce propos, les chasseurs sont souvent des êtres bien peu recommandables, à l'image d'Armand ou d'Aymar qui ont plus de sang sur les mains que Kergan ne pourrait en avaler en un siècle. Ceci complique considérablement leur tache et la mécanique de lutte contre le mal frise le cercle vicieux. Quant à Jehan, seigneur arrogant et premier chasseur, sa lutte possède une corrélation directe avec la culpabilité d'avoir laissé mourir une femme qui lui refusait son amour.  
Le choix des années 30 comme période de l'affrontement final entre Vincent et Kergan n'est pas anodin. L'Allemagne se trouve alors confrontée à la montée du mal ultime au coeur duquel le personnage du Vampire trouve toute sa place. Soumis à des choix lourds les individus se révèlent et ne peuvent plus fuir. 
Jusqu'au dernier moment, Swolf ne savait pas comment s'achèverai sa série. Il se laisserait guider par son état d'esprit du moment.
A cet égard nous pouvons souhaiter qu'Yves Swolf reprenne un jour cette série dont le dénouement laisse présager le plus passionnant pour la suite.

Le Prince de la Nuit - Yves Swolfs - Editions Glénat