lundi 30 avril 2012

Ombre Morte - Trailer

Ce trailer présente "Ombre Morte", un court métrage expérimental réalisé par Nicolas Bonnell, grâce à la technique du Motion Comics.  
Produit par PLUG EFFECTS et Magnificat Films - Sortie du film Mai 2012


"Par une soirée d’orage, Cécile et son mari, se cachent au cœur d’un immeuble abandonné. Abattus, terrifiés, ils sont traqués par l’un de leurs anciens employés nourrissant une passion destructrice pour cette dernière.
A mesure que leur mystérieux poursuivant se rapproche, les pièces du puzzle se rassemblent, dévoilant peu à peu une vérité aussi machiavélique qu’inattendue."


Schlafi! - Semaine #1



vendredi 6 avril 2012

1959 - Blake et Mortimer - SOS Météores


C'est au cours du rude hiver 1954 que naquit l'idée d'SOS Météores
Les températures avaient atteint de telles extrémités qu'une bonne partie de la population était condamnée à rester cloitrée chez elle. Prisonnier de sa nouvelle maison de campagne, Jacobs n'échappait pas à la règle. Ajoutez à cela des rumeurs de rivalités partisanes autour de manipulations climatiques pour fournir à l'auteur la matière à un nouveau récit d'anticipation.


Dès les premières bases jetées, Jacobs partit repérer l'endroit le plus adapté aux expériences du Professeur Miloch. En étudiant un certain nombre de cartes d'Etat major, il choisit une zone proche de la vallée de la Bièvre, non loin de la ville de Jouy en Jossas. Un parcours photographique lui permit de retranscrire la région avec la rigueur quasi maladive qui faisait sa marque. Quant au Château de Troussalet, dans le parc duquel se perd le taxi de Mortimer, un hasard extraordinaire lui permit de découvrir un endroit similaire proche d'une départementale dans le même secteur.
Dans un second temps, afin de comprendre l'organisation des interventions de police en cas d'incident majeur, il se tourna vers l'un de ses camarades qui possédait des connections au Ministère de l'Intérieur, rue des Saussaies. Dans ses mémoires, Jacobs raconte l'anecdote suivante: tandis qu'il exposait son scénario au ministère, son interlocuteur écarquilla les yeux puis adopta un air mystérieux avant de le conduire à son chef. Jacobs recommença une seconde fois l'exercice devant le patron de la DST. Après avoir conclu sa présentation, ce dernier demanda, un peu décontenancé, l'avis du fonctionnaire qui lui répondit: "Non seulement ce n'est pas absurde... mais figurez vous que j'ai dans mon tiroir tout un dossier sur la question".
Au delà de sa brûlante actualité, SOS Météores est un album notable à plus d'un titre. En premier lieu, les couleurs utilisées pour représenter les intempéries sont d'une rare efficacité. La première partie de cet album devrait être considérée comme un manuel du parfait petit coloriste. Autre détail amusant, la séquence de la poursuite avec Blake nous conduit le long de l'ancienne ligne de Sceaux, avant la reprise de son tracé par le RER B. On pourra sans doute déplorer que Jacobs n'ait pas accordé de plus grandes cases aux décors des stations de la ligne, et en particulier celle de Port Royal.
Enfin, l'album fleure bon ce climat de guerre froide, qui n'a jamais aussi bien porté son nom. Le professeur Miloch, au cours de son explication, fait allusion à "notre" et "votre" technologie facon indirect d'appuyer le clivage Est/Ouest omniprésent à l'époque.
Pour conclure, je dirai que si SOS Météores reste l'un de mes Blake et Mortimer préféré, c'est en grande partie pour l'ambiance qui s'en dégage dès les premiers instants.
Cela nous rappelle qu'avant cette série, nous devons aussi à Jacobs la mise en couleur des premiers Tintin et en particulier les incroyables scènes d'orage des Sept Boules de Cristal qui trouvent ici leur réponse.

jeudi 5 avril 2012

SCHLAFI CHIMIE

Démo publicitaire de 20 secondes utilisant le personnage de SCHLAFI pour une compagnie d'assurance fictive.
Ecrit et dessiné par Nicolas Bonnell.


Schlafi - Tous droits réservés Nicolas Bonnell 2012

jeudi 2 février 2012

1994 - Le Prince de la Nuit




Cette excellente série, écrite et scénarisée par Yves Swolfs, revisite le mythe du vampire sous un jour nouveau.  Au bout de 12 albums Durango, l'auteur éprouvait l'envie de raconter quelque chose plus en harmonie avec son évolution personnelle, marquée par une expérience de la psychanalyse. Si le vengeur solitaire était le produit de son enfance et de son adolescence, "Le Prince de La Nuit" s'inscrit dans une dynamique du passage à l'âge adulte. 
Au delà d'être une formidable aventure, la série réalise le tour de force de respecter les codes du genre tout en rénovant complètement les bases du concept. L'introspection et l'étude des dualités individuelles l'emportent sur l'approche religieuse traditionnelle. Le graphisme atteint une maîtrise étonnante, proche de la gravure.

Kergan et ses adversaires sont les deux faces d'une seule et même médaille. Une seule âme exprime toutes ses contradictions à travers plusieurs personnages. Kergan est le reflet de ce que les "Chasseurs" enfouissent au plus profond d'eux même. Il cristallise cette face sombre, ces désirs de pouvoir refoulés contre laquelle ils doivent lutter. 
Dans ses entretiens à Henri Philipini, Swolfs avoue volontiers que chaque chasseur est choisi malgré lui. Il est sacrifié par sa famille sur l'autel d'un devoir absurde. Ce rôle incombe bien souvent à l'aîné, en première ligne du transfert des espoirs et des angoisses de ses parents. 
Afin de permettre à l'esprit de Jehan, première victime du vampire, de se réincarner à travers les siècles, les Rougemont doivent continuer la lutte. Ils se transmettent pour cela un coffret rempli d'information. Ce fardeau héréditaire possède une haute valeur symbolique. Il contient les atavismes inconscient de culpabilité subies générations après générations. 
Au fil des années le coffret s'alourdi à mesure que la face sombre, l'adversaire se renforce. Il est très difficile d'échapper à soi même. La seule issue consiste en l'acceptation de cette part d'ombre qui permettra à l'individu de renaitre autrement. A ce propos, les chasseurs sont souvent des êtres bien peu recommandables, à l'image d'Armand ou d'Aymar qui ont plus de sang sur les mains que Kergan ne pourrait en avaler en un siècle. Ceci complique considérablement leur tache et la mécanique de lutte contre le mal frise le cercle vicieux. Quant à Jehan, seigneur arrogant et premier chasseur, sa lutte possède une corrélation directe avec la culpabilité d'avoir laissé mourir une femme qui lui refusait son amour.  
Le choix des années 30 comme période de l'affrontement final entre Vincent et Kergan n'est pas anodin. L'Allemagne se trouve alors confrontée à la montée du mal ultime au coeur duquel le personnage du Vampire trouve toute sa place. Soumis à des choix lourds les individus se révèlent et ne peuvent plus fuir. 
Jusqu'au dernier moment, Swolf ne savait pas comment s'achèverai sa série. Il se laisserait guider par son état d'esprit du moment.
A cet égard nous pouvons souhaiter qu'Yves Swolf reprenne un jour cette série dont le dénouement laisse présager le plus passionnant pour la suite.

Le Prince de la Nuit - Yves Swolfs - Editions Glénat 

lundi 30 janvier 2012

1984 - SOS Bonheur



SOS Bonheur fut écrit en 1980. 
Prévu au départ pour une série d'épisodes de 50 mn, le projet tourna court en 1982 car considéré comme trop dur par les patrons de chaîne. Sous l'impulsion de Philippe Vandooren, rédacteur en chef de Spirou, Van Hamme décida de l'adapter à la bande dessinée . Les six premiers scénarios furent remaniés pour devenir les deux premiers tome. Un troisième album fut mis en chantier dans la foulée afin de donner la clé de l'histoire.

Dans la préface de l'édition intégrale, Van Hamme nous révèle l'origine de la série. L'idée lui serait venu alors qu'il travaillait comme chef de département dans une multinationale. Il recevait alors tous les mois un épais listing de chiffre dont il ne comprenait ni l'origine, ni la finalité. Intrigué, une enquête parmi ses collègues révéla qu'aucun d'entre eux ne savait de quoi il retournait, tant et si bien que l'ouvrage finissait le plus souvent à la poubelle. En remontant cette mystérieuse filière, Van Hamme découvrit l'existence d'un employé modèle en charge de la création de ce document. Ce dernier remplissait sa mission avec zèle, sans se poser une seconde la question de l'objectif de sa tâche.

L'absurdité de cette situation constitua la matière première d'SOS Bonheur, dont le premier récit fut directement inspiré par cette histoire. Le thème principal de cette fable ubuesque et terrifiante laisse songeur. A quelle extrémités nous conduirait une société qui, au nom du progrès de l'humanité, transformerait les notions de bonheur et de sécurité en règles totalitaires. Qu'arriverait il à ceux qui refuseraient ce bonheur en conserve défini par un système pensé pour l'épanouissement de chacun. Orwell n'est pas très loin... Van Hamme souhaitait s'interroger sur les conséquences possible des dérives d'un état providence sur les liberté individuelles. 
Sans dévoiler l'issue d'une l'intrigue où rien n'est laissé au hasard, la seconde question, et non des moindres s'articule autour des notions de la manipulation des masses poussée à l'extrême. Jusqu'où les tireurs de ficelles peuvent ils pousser le cynisme ? Un dénouement fort innatendu ne laisse que peu d'espoir à cet égard.
Certes l'histoire fleure bon une époque moins riche que la notre sur le plan technologique. Si l'approche semble un peu datée, les questions de fond restent d'une dérangeante actualité. On sera amusé de constater que le livre évoque la possibilité de la carte bleue ainsi que du fichage individuel via un numero sans lequel aucun d'entre nous ne possède d'existence légale.
Le dessin du brillant et prolifique Griffo qui s'essayait pour la première fois au réalisme n'a pas encore trouvé la maestria dont il fait preuve aujourd'hui mais les bases sont déjà là. Le troisième Tome réalisé un peu plus tard, témoigne de cette évolution.
L'époque a changé, mais SOS Bonheur continue, 30 ans après sa conception, à faire une quasi unanimité parmi ses lecteurs.

SOS Bonheur - Griffo - Van Hamme - Aire Libre Dupuis

jeudi 19 janvier 2012

1958 - Johan et Pirlouit - La Flûte à Six Schtroumpfs


A l'occasion d'un séjour au château, un marchand ambulant perd une flûte magique à six trous. Celui qui entend sa musique se met à danser de façon irrépressible jusqu'à l'épuisement. Après avoir été récupérée par Pirlouit, le brigand Matthieu Torchesac la lui dérobera dans le but de s'en servir comme une arme. Johan et Pirlouit partiront à sa poursuite. Pour le contrer, ils devront se procurer une autre flûte enchantée et rejoindre pour cela le Pays Maudit, habité par "Les Schtroumpfs"

On peut considérer cette trop courte série comme l'une des meilleures jamais concue.
Paru dans le journal de Spirou en 1958 sous le titre provisoire "La Flute à Six Trous", ce 9e album des aventures de Johan et Pirlouit reste notable à plus d'un titre.
L'intrigue générale se base sur la passion qu'éprouve Pirlouit pour une musique bien à lui. L'album inaugure un nouveau format en 60 pages au lieu des 44, qui offre l'espace nécessaire au développement de gags plus aboutis. Par exemple, la scène ou Pirlouit court à travers le château, surprenant les gens après avoir découvert les pouvoirs de sa flûte est d'une diabolique efficacité. La rumeur prétend que le personnage de Torchesac, méchant de l'histoire, bonhomme et hypocrite, aurait été inspiré à Peyo par les pères Jésuites chez lesquels il séjourna enfant.

Mais la "Flûte à Six Schtroumpfs" marque un tournant majeur pour une autre raison. Il s'agit de la première fois que les petits lutins bleus font leur apparition. Après avoir distillé le suspens nécessaire à la prépublication, Peyo ne dévoilera le nom ses créatures qu'à la planche 34. Le public devra attendre encore quelques semaines avant de les découvrir pour la première fois dans les pages de Spirou en octobre 1958. Les Schtroumpfs vivent alors au pays Maudit, paysage rocailleux et austère, bien loin de la forêt touffue que nous connaissons. Leur apparence n'est pas encore définitive. Leurs bonnets sont plus longs et leurs visages plus minces. Néanmoins, la barrière de la langue schtroumpf, déjà bien présente, vaudra à Pirlouit quelques dialogues de sourds qui resteront dans les annales. Malgré son effroyable complexité, celle ci doit obéir à des règles très strictes afin d'être compréhensible.

Pour l'anecdote les schtroumpfs sont nés à l'occasion d'un déjeuner entre Franquin, Peyo et leurs épouses à l'été 1957. En désignant la salière, le premier, cherchant ses mots demande au second de lui passer le "schtroumpf". L'expression les amusa tant, qu'il passèrent le reste du repas à converser en "schtroumpf"
A la parution, Dupuis était inquiet de la réaction des autorités francaises toujours très pointilleuses sur les questions de langage dans les bandes dessinées. Pour le rassurer Peyo lui assura de bonne fois que ces personnages, n'apparaissant que dans une dizaine de pages, seraient largement oubliés d'ici deux ans. Nous connaissons la suite...

La Flûte a Six Schtroumpfs - Peyo - Editions Dupuis 1960